Utilité sociale des Espaces Publics Multimédia …

Communication scientifique, 18 avril 2014par admin0 Commentaires

Les espaces publics multimédia

Un espace public multimédia (EPM) est un lieu ouvert au public mettant à sa disposition des équipements informatiques et multimédia en réseau à des fins d’information, de recherche, de création, d’éducation ou de formation.

Trois ministères ont choisi de mettre en place leur propre programme d’espaces publics multimédia : Espace Culture Multimédia et Relais Culture Multimédia (Culture), Point Cyb (Jeunesse et Sports ), P@T – Point d’Accès à la Télé-formation (Emploi).

Parallèlement, un certain nombre de collectivités locales et territoriales ainsi que des associations ont choisi d’implanter sur leurs territoires des EPM.

Des grandes entreprises, le plus souvent reliées au secteur public, ont ouvert des EPM. France Télécom déploie, à travers la France, des EPM appelés « Espaces Multimédia dans la Ville ». La Caisse des Dépôts et des Consignations a initié un programme de « Cyber-bases » , et la Poste, le programme « Cyberposte ».

A ces EPM lancés par des administrations ou des grandes entreprises se juxtaposent une multitude d’espaces multimédia, souvent connus sous l’appellation de « cyber-café » qui sont financés par le secteur privé.

L’étude « Usages sociaux des TIC dans les espaces publics multimédia »

L’étude « Recensement et analyse des usages sociaux des TIC dans les espaces publics multimédia », coordonné par l’association Reso (association organisatrice des Rencontres d’Autrans) et financé par le programme Net solidaire de la Fondation France Télécom, va nous permettre de mieux comprendre l’utilité sociale des espaces publics multimédia.

L’étude « Recensement et Analyse des usages sociaux des TIC dans les espaces publics multimédia » s’inscrit dans le prolongement de la rencontre des animateurs de lieux publics d’accès à l’Intenlet qui s’est déroulé à Autrans du 9 au 12 ,janvier 2002. Cette étude se propose de poursuivre la dynamique qui s’est créée, entre les animateurs d’EPM, avant Autrans (sur les listes de discussion EPM et RAM) et pendant les Rencontres.

L’utilité sociale des Espaces Publics Multimédia

Les premiers résultats de l’étude montre qu’il est urgent de chercher à démontrer l’utilité sociale des espaces publics multimédia. La reconnaissance de l’utilité sociale des espaces publics multimédia permettra de pérenniser ces nouveaux services, et du même coup, assurera la pérennisation des postes d’emploi-jeunes.

La loi du 16 octobre 1997 « Programme « nouveaux services – emploi jeunes » a pour objet, je cite, « de promouvoir le développement d’activités créatrices d’emploi pour les jeunes répondant à des besoins émergents ou non satisfaits et présentant un caractère d’utilité sociale». C’est l’utilité sociale d’une activité et le fait qu’elle constitue une réponse adaptée à des besoins encore insatisfaits qui déterminent son éligibilité à ce dispositif.

A l’heure actuelle, les animateurs des espaces publics multimédia, employés généralement avec le statut d’emploi jeunes, se posent de nombreuses questions sur leur avenir professionnel. Ils manquent généralement de visibilité sur l’évolution de leur emploi.

Il est donc nécessaire de réfléchir sur l’utilité sociale des espaces publics multimédia. En quoi les activités présentes dans les espaces publics multimédia sont utiles pour la collectivité? Avant de penser à la pérennisation des emploi jeunes, il faut s’interroger sur la pérennisation des activités. A quels besoins répondent les services proposés par les EPM? Pour que les EPM soient pérennes, il faut préciser à qui les services proposés par les EPM sont utiles. C’est en donnant des indications sur la nature des services et la plus-value sociale apportée par les EPM qu’il sera possible de stabiliser les services proposés par les EPM et de maintenir les emplois créés. C’est le service apporté en réponse à des besoins qui créé l’emploi.

Le 15 février 2002, à l’occasion des 4èmes rencontres nationales consacrées aux emploijeunes, un accord cache a été signé entre les ministères concernés et le collectif national de la jeunesse et l’éducation populaire (CEMEA, Francas, Ligue de l’enseignement, Fédération des Pupilles de l’Enseignement) qui a créé 3500 emploi jeunes. Pour la période 2002-2005, les quatre fédérations se sont engagés à démontrer l’utilité sociale des services mis en place grâce à ces emplois.

Récemment, le 10 juillet 2002, François Fillon , Ministre des affaires sociales, du travail et de la solidarité, a expliqué, dans un interview au Monde, que son ministère souhaite sortir progressivement du système des emploi jeunes. Pour lui, il n’est pas question de pérenniser les aides pour les collectivités locales. II ajoute < Dans le budget 2003, il faudra réduire cette charge financière extrêmement lourde pour l’Etat ».

Lorsque les collectivités locales ne bénéficieront plus des aides de l’Etat pour le financement des postes d’animateurs multimédia, elles seront plus attentives à l’utilité sociale des espaces publics multimédia. Les animateurs, eux-mêmes, devront également rendre davantage de comptes quant à l’intérêt de leurs activités. Si l’utilité sociale des EPM n’est pas démontré rapidement. il y aura un flottement dans les décisions des collectivités locales. Il y aura, sans nul doute, une hésitation entre les nécessités financières des collectivités locales et la pérennisation des nouveaux services créés par le dispositif emploi jeunes.

Une récente étude de l’INSEE (juin 2002) serait même plutôt défavorable à la situation actuelle. L’étude indique clairement que les accès publics ne compensent pas le souséquipement informatique des ménages. Je cite : « L’ordinateur est davantage utilisé sur le lieu de travail qu’au domicile ou sur le lieu d’études, et l’utilisation dans des lieux publics (bibliothèque, administration, café Internet) ou chez des proches reste rare. Moins de 4 % des personnes privées d’un accès chez elles, sur leur lieu de travail ou dans leur établissement scolaire, ont récemment utilisé un accès public ou chez des proches – contre 20 °/o pour ceux qui ont un accès direct. C’est donc une logique de cumul qui domine largement. D’une part. les personnes qui ne disposent pas d’un accès direct ont moins souvent connaissance de l’existence d’accès dans des lieux publics que les autres (17 % contre 36 % pour l’ensemble des 15 ans et plus). D’autre part, leurs proches sont souvent moins équipés ».

Si cette tendance se confirme, les élus locaux, constatant une sorte d’échec de la démocratisation de l’accès à l’Internet, via les lieux publics, pourraient tenter de reprocher cette situation aux animateurs et critiquer leur travail. Parallèlement, les animateurs, eux,pourraient rapidement se décourager. Pour les animateurs, il est important que l’on démontre l’utilité sociale des EPM si l’on souhaite leur apporter une certaine reconnaissance.

Jacques Perriault avait déjà évoqué à plusieurs reprises, lors des séminaires à la MSH, le fait qu’il fallait se questionner sur le bien public des espaces publics multimédia. Il l’avait rappelé lors d’un débat à Hourtin en août 2001. Stéphane Mandard avait titré, en octobre 2001, un de ses articles : « De l’utilité sociale des espaces publics numériques ». Il se posait la question de l’utilité sociale d’un espace comme la Cyberbase de Saint Denis, un lieu où il y avait essentiellement du chat.

L’utilité sociale est une notion difficile à définir. Elle se confond souvent avec l’intérêt collectif. L’utilité sociale n’est pas synonyme d’action sociale dans le sens où celle-ci s »adresse en priorité aux catégories les plus défavorisées.

Un EPM peut présenter un caractère d’utilité sociale lorsque, par exemple, il permet à des personnes d’être plus autonomes, lorsqu’il favorise la participation des personnes à la société ou qu’il suscite des dynamiques collectives et de territoire.

En revanche, le seul fait de pratiquer des prix inférieurs à ceux des espaces multimédia privés, ou de moduler ses tarifs en fonction des ressources de l’usager n’est pas, à mon avis, suffisant pour justifier pleinement son utilité sociale.

La reconnaissance du métier d’animateur multimédia

Pour mieux comprendre l’utilité sociale des EPM et le rôle des animateurs multimédia, il est intéressant de faire un rapide historique du métier d’animateur.

L’apparition des animateurs professionnels date des années soixante, date où les pouvoirs publics ont décidé la création de nombreux équipements destinés à l’organisation de services collectifs, en particulier dans le domaine des loisirs. Très vite, il est apparu des divergences entre les différentes catégories d’animateurs. Pour schématiser, on peut évoquer les métiers d’animateur culturel, d’animateur social et d’animateur socioculturel. L’animateur culturel participe à la diffusion culturelle, l’animateur social donne une priorité à l’intégration sociale du public auprès duquel il travaille et l’animateur socioculturel privilégie le travail auprès de populations plutôt qu’auprès d’individus isolés.

Très vite également est apparu une divergence de conception entre l’action culturelle et l’animation socioculturelle. C’est autour de la question de la démocratisation de la culture que naît et se développe dans les années 1960 le conflit « socioculturel-culturel ».

C’est à partir de 1981 que le vocable médiateur culturel est apparu. Jack Lang est alors nommé Ministre de la Culture. La démocratisation de la culture est devenue une priorité. L’objectif désormais est de favoriser le rapport de l’art et des publics. Le médiateur est celui qui tisse des relations entre l’art et des populations, qui construit des situations ayant pour enjeu ces relations. Cette médiation a différents objectifs : réduire la fracture sociale, élargir les publics, sensibiliser les publics défavorisés aux pratiques artistiques ….

On peut là faire le parallèle avec ce qui se passe actuellement dans le domaine des espaces publics multimédia. Au départ, les animateurs multimédia avaient une mission essentielle démocratiser l »accès à la société de l’information en initiant le grand public à Internet. Les tâches des animateurs étaient relativement uniformes. Maintenant, les animateurs doivent de plus en plus répondre à des projets individuels et collectifs que ce soit dans le domaine culturel, social ou socioculturel. Les tâches varient de plus en plus en fonction du profil des animateurs et des structures qui les accueillent.

On retrouve au niveau des structures qui emploient les animateurs multimédia la même divergence qu’il y a plusieurs dizaines d’années entre l’action culturelle et l’animation culturelle. Ce débat est encore peu visible mais on le retrouve déjà dans les faits.

Dans le cahier des charges des ECM, il est souhaitable que des créateurs, des artistes impliquent des publics, des populations dans des projets artistiques : création de cédérom, d’installations interactives …. Plusieurs projets sont actuellement en cours.

On peut dire qu’il existe dorénavant des animateurs culturels multimédia. On les trouve en priorité dans les ECM, les MJC, les équipements culturels et les bibliothèques. Les animateurs sociaux multimédia se trouvent davantage dans les centres sociaux, les centres socioculturels, les missions locales, les FJT (foyers de jeunes travailleurs)…

Les médiateurs multimédia se trouvent théoriquement davantage dans les bibliothèques mais en réalité, souvent, les animateurs multimédia qui travaillent en bibliothèque font plutôt office d’animateur social ou animateur socioculturel, sans avoir la formation de base.

Il est intéressant de constater que la formation de base des animateurs en bibliothèque est souvent supérieure à celle des animateurs qui travaillent dans d’autres structures. Ils ont généralement une formation en lettres, sciences humaines ou communication.

En fait, actuellement, beaucoup d’animateurs multimédia sont plutôt des animateurs socioculturels multimédia. L’animateur culturel est un intermédiaire entre des publics et des oeuvres ou des artistes. L’animateur socioculturel est un facilitateur de pratiques effectuées par d’autres, les usagers.

Les animateurs revendiquent le fait qu’ils ne sont pas des formateurs. Ils vivent une difficulté dans l’établissement de leur identité sociale et professionnelle. Les animateurs multimédia cherchent une reconnaissance du côté de leur public : les usagers des espaces publics multimédia.

De nouvelles applications en fonction des différents secteurs d’activités

Si on observe ce qui se passe actuellement dans les EPM, on peut être pessimiste sur l’intérêt collectif de ce type de lieux. Mais si on prend en compte les différents secteurs d’activités qui viennent d’être présentés durant ces derniers jours et leurs applications possibles dans les espaces publics multimédia. On peut être davantage optimiste.

Nous avons abordé plusieurs secteurs d’activité durant cette université d’été : le développement économique avec la présentation de la Maison des savoirs, associé au CETIR, le domaine de la fondation, le secteur culturel et nous avons également abordé cet après-midi, le social, avec le projet « Insertion Emploi.net » du Conseil Général du Lot.


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