Les différentes fonctions des animateurs multimédia

Communication scientifique, 18 avril 2014par admin0 Commentaires

(4èmes rencontres de St-Laurent de Nestle – 02/07/2003)

L’objectif du Programme « Nouveaux services / Emplois – jeunes », mis en œuvre en octobre 1997, était de créer des activités nouvelles répondant à des besoins insuffisamment satisfaits de la population. Ces activités et les emplois créés devaient, au bout de cinq ans, faire preuve de leur utilité sociale et de leur viabilité économique.

Qu’en est-il aujourd’hui pour les activités autour de l’accès public à l’Internet ? Ont-elles réussi à faire preuve de leur utilité sociale ? Sont-elles viables économiquement ? Pour l’instant, les réponses sont plutôt négatives. Elles entraînent une incertitude du côté des animateurs multimédia alors que les attentes suscitées par le dispositif Emplois – Jeunes étaient relativement fortes.

Les propos qui vont suivre tentent d’éclairer les différents acteurs de l’accès public à l’Internet sur les évolutions possibles du métier d’animateur multimédia. Nous avons vu précédemment que l’animateur multimédia pouvait être davantage un technicien informatique. L’animateur qui a ce profil peut tout à fait évoluer vers des métiers autour de l’informatique et des technologies Internet : technicien réseau, webmestre orienté technique…

L’animateur qui a suivi des études littéraires ou qui est déjà plus spécialisé dans le domaine de la communication peut, par exemple, se tourner vers un emploi de webmestre éditorial. Il y a aussi des animateurs multimédia qui ont suivi une formation artistique. Il faut savoir que certains EPM, particulièrement les ECM, ont choisi de développer prioritairement les activités artistiques et culturelles.

Pour les autres animateurs, nous avons développé, ci-dessous, les fonctions sociales de l’animation multimédia. Il faudrait ultérieurement réfléchir aux autres fonctions qui sont également essentielles si on veut maintenir l’utilité des EPM, si on souhaite faire évoluer les EPM, de lieux où on s’initie à Internet à des lieux qui proposent davantage de services utiles aux citoyens.

Le poste d’animateur dans un EPM apparaît à première vue avec une fonction unique : animer et assurer le fonctionnement de l’espace public multimédia. En analysant plus finement la situation, il semble que la fonction d’animateur soit nettement plus complexe.

En effet, l’animateur joue avant tout un rôle social et, à ce titre, il remplit quatre fonctions principales liées à l’insertion des différents publics des EPM qui s’articulent autour des notions de médiation, d’accompagnement, de pédagogie et de pratiques de réseaux. Bien que ces quatre fonctions soient liées entre elles, on s’attachera ici à réfléchir à leurs spécificités et aux compétences particulières que chacune d’elles nécessite.

1 La fonction de médiation

La notion de médiation est fondée sur une certaine idée de l’insertion. Une des missions essentielles de l’animateur d’EPM consiste à intervenir là où se produisent des difficultés entre le fonctionnement ordinaire des institutions et le comportement des individus. Là où il s’agit de corriger, améliorer, faciliter l’adaptation réciproque des individus et des institutions. C’est donc une médiation qui vise la restauration ou la mise en place du lien social et elle se fonde sur la base d’un contrat moral et/ou institutionnel entre les différentes parties prenantes.

Il existe évidemment plusieurs sortes de médiations qui pourraient être prises en charge par les animateurs.

– La médiation dans la relation au savoir enseigné qu’il soit scolaire ou professionnel est très importante. L’animateur transmet bien souvent un savoir technique spécifique permettant au public de s’adapter aux mutations liées à l’informatisation croissante du monde professionnel. Il met aussi en place des séances de rattrapage scolaire assisté par ordinateur, des formations en lignes, etc. qui permettent aux différents publics de s’adapter ou de rattraper un retard vis à vis d’un savoir nécessaire socialement.

– La médiation dans la relation à l’administration. On trouve ce type de médiation lorsque l’animateur fournit un soutien aux démarches administratives via l’e-administration.

– La médiation dans la relation aux entreprises, à l’emploi. On retrouve ici l’aide à la recherche d’emploi sur Internet mais aussi les ateliers pour la rédaction de CV et de lettres de motivation.

– La médiation à la sphère sociale de proximité familiale, culturelle. La mise en relation avec la famille grâce aux nouveaux moyens de communication ou la possibilité d’accéder aux différentes cultures nationales et internationales via Internet font partie de ce type de médiation.

Afin d’assurer cette fonction de médiation, l’animateur d’EPM se doit d’analyser le contexte économique, social et culturel qui l’entoure et les spécificités des différents publics. Il doit mettre en place des stratégies adéquates pour traiter les diverses difficultés qu’il rencontre et promouvoir les résultats et les expériences capitalisés des multiples publics des EPM. Il doit aussi développer les échanges et la coopération inter-organismes.

2 La fonction d’accompagnement

Il y a, dans cette fonction, principalement l’idée de se joindre à quelqu’un pour aller, avec lui, dans la même direction. Dans le contexte qui nous intéresse, c’est à dire le métier d’animateur d’EPM, il est nécessaire d’ajouter la notion de guidance et de tutorat.

Il s’agit de faire front à la complexité sociale et, dans le même temps, de s’adapter à la demande des différents publics. L’accompagnateur cherche à articuler la logique institutionnelle et celle des usagers. En ce sens, il permet d’établir une relation de confiance et d’assurer un appui technique dans une logique de construction durable, au plus près des attentes des différents publics et des institutions.

En pratique, l’animateur exerce cette fonction d’accompagnement lorsqu’il met en place des ateliers ou des formations de longues durées qui aboutissent à la mise en place d’un projet concret (création d’un site Internet, qualification en vue d’un emploi, …).

Pour assurer cette fonction d’accompagnement, l’animateur se doit d’acquérir plusieurs compétences spécifiques :

– Il doit aider à l’élucidation et à la construction de projets individuels à partir de leur histoire et de leur environnement afin de valoriser les personnes et garantir ainsi l’ancrage des projets. – Il doit mettre en place une évaluation des acquis et des connaissances des personnes en relation avec l’expression de leur projet afin de réaliser un diagnostic pertinent de leur situation.

– Il doit assurer la mise en œuvre de moyens et méthodes appropriés à l’accompagnement des personnes afin qu’elles puissent réaliser leur projet.

– Il doit aussi mettre en place une relation durable avec son public et exercer un rôle permanent d’information, de conseil et d’orientation.

– Enfin, l’animateur doit établir un suivi et un soutien précis et efficace des personnes dans la réalisation de leur parcours et de leur projet.

Les métiers liés à la fonction d’accompagnement requièrent une conviction et une prédisposition qui se traduisent par un grand respect de la richesse de chaque être humain. Cette sensibilité est étayée par une familiarisation avec certaines démarches et techniques telles que les techniques d’entretien, l’approche multiculturelle, la communication orale et écrite ou encore l’analyse socio-économique. Les animateurs qui développent la fonction d’accompagnement se doivent de respecter une éthique qui les guide dans leur pratique.

Ils doivent être rigoureux dans la mise en place des démarches et l’organisation, vigilant dans le suivi et l’évolution du parcours de chaque personne et curieux sur l’ensemble des mesures et aides qui existent au service de la personne accompagnée.

3 La fonction pédagogique

L’animateur d’EPM transmet ses connaissances à différents publics et il doit donc assurer une fonction de pédagogue. La visée pédagogique de l’animateur est à la fois de combler les carences du public sur le plan technique (notions de base en informatique, fonctionnement de l’Internet, …) et assurer une transmission efficace lors de formations plus pointues. (retouche photo, logiciels de construction web, programmation, bureautique, …).

D’une manière générale, la fonction pédagogique tend à pallier l’ignorance face au savoir enseigné et aux différentes cultures. En ce qui concerne l’animateur d’EPM, cet impératif d’apprentissage se traduit par des compétences bien spécifiques :

– L’organisation et la mise en œuvre d’une démarche progressive d’acquisition de capacités

– La préparation et l’animation de séquences pédagogiques en choisissant des méthodes, des moyens et des modalités tenant compte des caractéristiques des personnes.

– La mise en œuvre de moyens qui favorisent la communication entre des personnes, permettant la progression et l’enrichissement de chacun et la résolution des conflits au bénéfice de l’ensemble d’un groupe.

– L’analyse et l’explication de ses propres représentations et relations ainsi que celles des publics en formation.

– L’évaluation des capacités acquises pour les personnes et l’adaptation en continu du processus de formation en fonction des résultats obtenus.

– Le suivi et la mise en cohérence des parcours de formation individuels.

La fonction pédagogique de l’animateur requière de l’empathie par rapport aux publics visés, tout en permettant d’établir une bonne distance entre formateur et apprenant. La mise en oeuvre de cette fonction nécessite de développer une aptitude à mobiliser une diversité de ressources et de supports permettant d’enrichir les situations de formation proposées et de répondre aux caractéristiques singulières de chaque personne. L’animateur doit aussi faire preuve de créativité, posséder une prédisposition à l’analyse et à l’écoute des situations et développer un grand respect des caractéristiques des personnes afin de les valoriser et de les rendre autonomes.

4 La fonction de mise en réseaux

L’animateur d’EPM ne peut espérer accomplir pleinement sa mission s’il n’établit pas un réseau de relations avec d’autres organismes et institutions (on pense ici à l’ANPE, les services sociaux locaux, les entreprises locales, …). Dans cette fonction, l’animateur s’attache à réduire les écarts entre l’offre et la demande au niveau de l’emploi, de la formation, de l’aide sociale mais aussi au niveau des loisirs et de l’information. Pour atteindre ces objectifs, il devra mettre en place des partenariats sur plusieurs niveaux :

– le partenariat de structure permet de mettre en synergie les différents acteurs locaux et de proposer aux différents publics des solutions globales faisant intervenir plusieurs acteurs qui d’habitude ne fonctionnent pas ensemble (action commune de l’éducation nationale, des services sociaux, des associations locales et de l’EPM pour lutter contre l’illettrisme par exemple).

– le partenariat de compétence se définit par la volonté de « dé-segmenter » les pratiques en vue d’améliorer la qualité de la prise en charge des divers publics. Il se base sur l’élaboration et l’échange de savoirs et d’outils, et la création de mises en réseaux des compétences spécifiques à chaque structure (partenariat ANPE, EPM et entreprises locales pour améliorer l’efficacité des programmes de recherche d’emploi, partenariat EPM et associations locales pour découvrir les innovations liées aux arts numériques …)

Pour être efficace dans cette fonction de réseau, l’animateur doit développer plusieurs compétences spécifiques : – Il doit pouvoir analyser et déterminer les relations à développer avec l’environnement social, économique, culturel et institutionnel en fonction des publics visés. – Il doit élaborer des stratégies de mise en synergie des différents partenaires et des dynamiques de travail efficaces. – Il doit mettre en place et participer à des réseaux d’appui locaux afin de développer des espaces de solidarité. – Enfin, il doit être capable d’analyser et d’utiliser les sources d’informations multiples sur le tissu économique, social et culturel qui l’entoure afin de pouvoir faire évoluer les partenariats en place.

Cette fonction de mise en réseau nécessite donc une bonne compréhension des enjeux et contraintes de chaque partenaire et un sens aigu de la diplomatie, du dialogue et de la négociation qui permettront la construction d’une collaboration efficace.

A travers l’analyse des multiples fonctions de l’animateur d’EPM, il apparaît que ce dernier joue un rôle bien plus complexe que la simple animation d’un lieu public. Les différentes attentes sociales auxquelles il doit pouvoir répondre nécessitent chacune des compétences bien particulières et l’animateur doit être formé pour être efficace et ainsi rendre attractif l’EPM. De même, les partenaires de l’EPM doivent se rendre compte des possibilités importantes qui leur sont offertes par ce lieu et la notion trop vague d’animateur devra sans doute être repensée afin de rendre compte plus finement des quatre fonctions sociales liées à ce poste.


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