Le portage salarial séduit les consultants IT

Revue de presse, 18 avril 2014par admin0 Commentaires

Article paru dans www.journaldunet.com le 23 janvier 2006

Que ce soit pour patienter entre deux CDI, se reconvertir ou tester un projet d’entreprise, la formule du portage salarial attire de plus en plus de spécialistes du secteur des nouvelles technologies.

Selon le Syndicat National des Entreprises de Portage Salarial (SNEPS), les compétences recherchées par les entreprises – pour des missions d’expertise réalisées en portage salarial – concernent le secteur informatique / multimédia à hauteur de 13%.

Regroupant 15 sociétés de portage revendiquant près de 70% du chiffre d’affaires de la profession, le SNEPS révèle également que sur les quelque 8 000 cadres autonomes « portés » par ses entreprises membres, les 30-45 ans sont désormais plus nombreux que les 45-60 ans (44% contre 40%). Cette inversion de tendance témoigne de l’intérêt croissant des cadres dans la force de l’âge pour cette formule. Le portage salarial présente en effet de nombreux avantages pour des consultants en phase de recherche d’emploi, de reconversion ou de réflexion quant à la création d’une entreprise ou d’une activité indépendante. Jouant le rôle d’interface administrative, les sociétés de portage transforment les honoraires qu’auraient normalement perçus ces personnes en salaires, prélevant au passage une commission. Cela permet aux consultants de rester dans le régime salarié et mais aussi de simplifier la gestion de leur activité.

 « Vous n’avez plus à vous préoccuper de l’administratif, il est pris en charge par la société de portage. De plus, des communautés de consultants se créent, sur certaines thématiques, ce qui est intéressant pour le « réseau ». Des systèmes d’offres en push peuvent également constituer un apport d’affaires appréciable. Et pour ceux qui en ont besoin, des stages de formation sont proposés », note Jean-François Ferraille, consultant multimédia / NTIC – mais aussi auteur d’ouvrages spécialisés. Travaillant avec l’ITG (Institut du Temps Géré) depuis 2000, il s’est lancé – en 2005 – dans la création d’une entreprise, la SARL ide-tic.com, spécialisée dans la formation aux logiciels libres.

Marie-Anne Hauteville, consultante et auditeur pour différents référentiels (ISO 9001, OHSAS, etc.), va dans le même sens en ce qui concerne la simplicité administrative, même si son parcours est en sens inverse de celui de Jean-François Ferraille : « L’organisation de mon temps est primordiale dans mon activité. Je suis toute la semaine sur les routes et, entre la préparation de mes dossiers, mes interventions et les temps de transport, je dois absolument faire la chasse aux temps morts. Après avoir dirigée ma SARL pendant trois ans et commencé mon activité en profession libérale, j’en ai eu assez du temps pris par les aspects administratifs. Débarrassée de ces tracasseries, je dégage du temps pour développer le commercial, faire de la veille sectorielle et bénéficier de formations », déclare-t-elle.

Dans la tranche des 30-45 ans, les femmes sont désormais plus nombreuses que les hommes

Dans la tranche d’âge des 30-45 ans décrite plus haut par le SNEPS, les femmes sont d’ailleurs désormais plus nombreuses que les hommes (51,5% contre 48,5%), témoin là aussi d’un intérêt qui va croissant pour le portage.

« Compte tenu de la situation de l’emploi – mais aussi d’une envie de travailler autrement -, les femmes sont de plus en plus attirées par le portage salarial. Elles organisent leur temps de façon plus flexible, décidant du moment où elles travaillent avec leurs clients », ajoute Philippe Rochon, membre de la commission communication du SNEPS et directeur associé de Savoir-Faire & Cie.

Les jeunes diplômés viennent également grossir les rangs des adeptes du portage salarial. « Depuis septembre dernier, nous avons beaucoup de très jeunes qui sortent de leurs études. Ils trouvent des missions et se font porter pour avoir un premier CDI, donc un statut de salarié », ajoute Hugues de Monclin, directeur délégué de portage.com, filiale de la société freelance.com, créée il y a tout juste un an.

La loi du 2 août 2005 en faveur des PME vient par ailleurs donner une véritable légitimité au portage salarial, en créant le statut d’entreprise de travail en temps partagé. Cela étant, certains syndicats, comme la CFE-CGC, veulent limiter la durée maximale d’utilisation du portage. Ils préconisent une durée comprise entre 12 et 24 mois selon le projet initial.

« La CFE-CGC reconnaît les sociétés de portage dans leur rôle d’intermédiaire de services avec des indépendants installés ou potentiels. Grâce à une sécurité temporaire dans les droits sociaux tirés du salariat, elles participent aux conditions de réussite d’un lancement dans cette forme d’activité souvent totalement nouvelle pour d’anciens salariés. Ce résultat justifie pleinement la solidarité du système de protection sociale des salariés qui « hébergent », le temps de la consolidation du projet, le futur indépendant. Mais, cette solidarité doit être limitée dans le temps pour ne pas être dévoyée et permettre au système de sécurité sociale de couvrir un risque économique pour lequel il n’est pas conçu », précisait le syndicat fin 2005 sur son site.

Certains consultants recourent au portage sur le long terme

Certains consultants sont en effet dans ce genre de situation « longue », comme Djellali Mokhtari, actuellement chez Oberthur pour des missions qui se renouvellent tous les trois mois, sans beaucoup de visibilité.

« En tant qu’indépendant, on perd le droit au chômage, qui est une sécurité importante. Au début, j’ai commencé chez France Telecom par une mission qui devait durer trois mois mais qui a en réalité duré deux ans et demi. Avec ma société de portage – ACPI -, je suis aujourd’hui en CDI. Si la mission se termine, je suis licencié », explique le consultant.

Quoi qu’il en soit, le portage salarial continue de séduire de plus en plus de consultants qui hésitent à se mettre à leur compte ou créer leur société. « Le portage salarial intéresse de nombreux créateurs d’entreprise. Il offre en effet la possibilité de tester son marché et de développer sa propre clientèle, tout en bénéficiant des avantages du statut salarié et de l’appui d’une société experte dans les métiers du conseil. Les velléités de création d’entreprise sont toujours aussi fortes chez les adeptes du portage salarial. Ils sont plus de 25% à mener leur projet à terme, avec des taux de réussite exceptionnels », note-t-on au SNEPS.

Catherine Farzat, ancienne DRH dans un groupe international, renchérit : « Des années de salariat, l’envie d’être autonome et de me consacrer à ce qui me plaît, tout m’invitait à démarrer une activité de conseil en RH. Le choix du portage salarial s’est fait très naturellement. J’y ai vu, il y a déjà trois ans, le moyen de développer mon activité sans créer ma société et de mener différents projets de front, en étant pleinement épaulée par ma société de portage. J’y ai rencontré trois autres consultants seniors aux compétences complémentaires, avec qui j’ai élaboré une méthodologie commune et créé un centre de bilan de compétences qui a obtenu l’agrément du Fongecif ».

L’aspect « synergies » avec d’autres consultants est effectivement primordial dans le choix d’une société de portage salarial. « Je n’ai pas choisi le statut d’indépendant car je ne voulais pas travailler tout seul. Je souhaitais par ailleurs créer une vraie société. Le portage m’a permis de patienter, c’est une solution sécurisante sur le plan de la comptabilité et de la gestion », conclut Jean-François Ferraille.

Fabrice DEBLOCK, JDN Solutions


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